<-- Twitter Summary card images must be at least 120x120px --> FRÉDÉRIC CORDIER
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Frédéric Cordier  is a Swiss-Canadian Artist born in 1985 in Montreal, works and lives in Montreal.

 

L’horizon humain des paysages mécaniques

 

Avec peu de moyens et un choix restreint de techniques, Frédéric Cordier s’attache à rendre perceptible la mécanicité du monde. Il crée des structures abstraites ou figuratives, des trames à la régularité parfois perturbées par une imperfection, ou des paysages codés comme un langage informatique. L’iconographie de ces représentations, gravées ou dessinées, comme leur nature formelle renvoient aux systèmes qui structurent notre société et la rythment. Lorsque Cordier prépare ses matrices avec patience et méthode, adoptant la posture d’un artisan, l’effort réalisé et la répétition du geste qui épargne la matière, dévoilant progressivement un motif qu’il faudra encrer pour le divulguer par décharge sur le papier, à la fois imitent l’exercice du labeur machinal et le détournent.

 

L’artiste ne prend pas position sur cette mécanicité dorénavant bien établie, autant invisible (l’activité qui nous est généralement soustraite du regard) que visible (la production réalisée qui nous parvient), autant à la surface que souterraine. Il ne l’illustre pas pour commenter notre rapport au travail, l’industrialisation sans fin, l’exploitation des ressources ou encore l’organisation de la société et ses conséquences sur les individus. Ces infrastructures développent son imaginaire, comme il le concède, et lui en tire avant tout un sujet aussi fascinant qu’inquiétant, auquel il applique un langage binaire (noir/blanc, plein/vide, encre/papier, valeurs qui n’existent pas les unes sans les autres). Il n’ignore cependant pas que ce qu’il donne à voir peut interpeller, en particulier dans le contexte actuel de sensibilité exacerbée à l’écologie. Il laisse le public librement interpréter ses images et adopter une approche critique si celui-ci le souhaite.

 

D’abord déterminée par une fonction et par des décisions pragmatiques, l’architecture des usines a fini par se constituer en esthétique. Cordier en apprécie les formes géométriques et la beauté qui en découle. Son attrait pour le paysage industriel fait penser au regard que les artistes du XIXe siècle portaient sur les villes et les campagnes changeantes : sous l’effet de la croissance, le développement des usines et des transports les redessinait, laissant apparaître ici et là des cheminées hautes et des trains fumant. L’enthousiasme était aussi vif qu’étaient grandes les craintes qui accompagnaient ces mutations. Cordier observe ces paysages devenus familiers, bien que désormais formés en marge des cités comme pour mieux mystifier le succès et le confort de la modernité auxquels on cède tout en se montrant embarrassé, avec un regard qui n’est pas plus naïf que subjugué ou dénonciateur. Il conçoit des gravures frontales, sans profondeur, comme la série des Vedute commencée en 2011, dont le titre évoque sans ironie ni nostalgie le genre du védutisme, particulièrement populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles des Pays-Bas à l’Italie, alors que ces vues de villes étaient justement l’occasion de recherches sur la perspective. C’est à présent des zones urbaines, d’une grande brutalité, qui sont devenues les sujets de représentations. Chaque image gravée par Cordier est une création mêlant observations sur le vif, photographies et imagination. L’intimité de ces vues détaillées est troublée par une artificialité que l’on décèle immédiatement sans pouvoir l’expliquer. Il y a comme un excès d’informations dans cette scénographie récapitulant toutes les données possibles et toutes les textures existantes – sans doute aussi un plaisir de dessinateur et de graveur.

 

Les raffineries, installations hydrauliques et autres usines, toujours en fonction ou abandonnées, en-dehors des zones d’habitation ou délocalisées encore plus loin, constituent des zones où l’activité humaine est une grande mécanique. Cordier s’inspire souvent des ports, alumineries et autres infrastructures de Montréal, où il est né et où il est revenu s’établir en 2014. Par exemple, l’immense linogravure Trans II (2016) offre une coupe transversale dans un site portuaire : grues élancées dans le ciel, amas de déchets, bateau de marchandises, jusqu’aux entrailles de la terre lardée de tuyauterie. Elle a été réalisée lors de la 34e édition du Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, intitulée « Mobilités », durant un mois, face au public. À la volonté de faire connaître son travail et d’échanger alors qu’il venait de s’établir à Montréal, s’ajoutait celle d’affirmer le caractère artisanal de sa pratique. L’espace en tôle profilée qui lui servit d’atelier fut ensuite utilisé comme un espace d’exposition, mettant en abîme le décor des épreuves tirées sur place, une fois la matrice achevée : dans cette vue portuaire se retrouve en effet un grand nombre de ces containers empilés dans un certain ordre uniquement de manière temporaire. Sans cesse déplacés en fonction des chargements et des déchargements, ils composent des paysages éphémères à géométrie variable et ils témoignent de l’activité humaine dissimulée derrière l’industrie. Alors que ces paysages sont toujours en métamorphose, c’est un état imaginaire de ces lieux que Cordier fixe dans ses œuvres. Outre cette dynamique arrêtée dans le temps, ce sont aussi les mouvements de la nature qui sont immobilisés. Et c’est là, dans les effets de matière et de structure (scintillements, écoulements, volutes de fumée, etc.), restituant la végétation, l’eau, les nuages, l’acier, le ciment et des phénomènes physiques, que les gravures se mettent à vibrer et à transmettre leur réalité d’image.

 

Ces jeux d’optique se retrouvent de manière plus forte encore dans les objets qui ont formé une partie de la production initiale de Cordier (série des Grids, 2013, plaques en acier perforées et peintes présentées au mur ou posées directement sur le sol) et dans les papiers peints qu’il conçoit. Répétitions de formes géométriques et de trames, minées par des anomalies, ces derniers sont l’expression de la machine grippée, de l’erreur dans la chaîne, de la fracture du système. De The Box (2008) à An Error Occured (2018), en passant par Serpentine (2014, à partir d’une matrice réalisée en brûlant une plaque de bois avec un fer en forme de spirale), ils sont eux aussi des intrus dans les lieux qu’ils recouvrent partiellement. Intégrés à des situations réelles, ils entrent en relation avec les sols, les murs, la nature, l’histoire, et invitent à une relecture de l’environnement qu’ils brouillent : Cordier est intervenu dans des usines désaffectées (Factory demolished, 2010, à Tbilissi), des églises (la chapelle de Tell, 2010, à Montbenon, et Electrowatt. Born in the 80’s, 2016, au Noirmont) et des salles d’attente (Tertial, 2012, notamment à la gare de Vevey) qui sont de lieux aux caractéristiques architecturales fortes et des espaces où la présence humaine règne par intermittence, mais aussi sur des éléments sculpturaux (Wallpaper on Military Toblerone, 2014, à Môtiers). Il n’est dans le fond jamais plus politique que lorsqu’il introduit l’idée du dérèglement, du dysfonctionnement, de la désobéissance, et qu’il en fait un programme esthétique.

 

Laurence Schmidlin, historienne de l’art
Novembre 2018

Studies:

2008–2010

  • Master European Art Ensemble, ECAL/University of Art and Design, Lausanne, Switzerland

2004–2008

  • Bachelor in Fine Arts, ECAL/University of Art and Design, Lausanne, Switzerland

Awards:

2014

  • Résidence d’exploration, Engramme, Québec, Canada

2011

  • Lauréat, Bourse culturelle Leenaards 2011, Switzerland
  • Lauréat de l’atelier Vaudois du 700e, Cité des Arts, Paris, France

2008

  • Prix Ernest Manganel

Solo show:

2018

  • Excavation, Papier Art Fair 2018 (Special project), Arsenal Art Contemporain, Montréal, Canada
  • An error occurred, Galerie Laroche/Joncas, Montréal, Canada

2017

  • Frédéric Cordier × Wohnshop Projecto, Wohnshop, Lausanne, Switzerland

2016

  • Dessins et Gravures, Lieux Partagés, Morges, Switzerland

2015

  • CORDIER INK., Engramme, Québec, Canada

2014

  • Assemblages, URDLA, Lyon, France

2012

  • La Suite, Gymnase cantonal du Bugnon, Lausanne, Switzerland

2010

  • From the ground to the sky, Helvetic Centre, Londres, United Kingdom
  • Revisited Tell’s Chapel, Montbenon, Lausanne, Switzerland

2009

  • Pattern Patty, Espace DOLL, Lausanne, Switzerland

2008

  • Illusion, La placette, Lausanne, Switzerland

Group show:

2019

  • Papier 2019 art fair, Galerie Laroche/Joncas, Grand Quai du Port de Montréal, Montréal
  • Variations, Galerie Michel Descours / URDLA, Lyon, France

2018

  • Summer in the City II, Galerie Laroche/Joncas, Montréal, Canada
  • Art Toronto, Metro Toronto Convention Centre, Galerie Laroche/Jancas, Toronto, Canada

2016

  • Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, Québec, Canada. Commissaire : Marie Perrault
  • La grande place, Centre d’art contemporain (CACY), Yverdon les Bains, Switzerland
  • Accrochage Vaud 2016, Musée des Beaux-Arts, Lausanne, Switzerland
  • Art Genève 2016, éditions ECAL
  • La crème de la relève, Atelier circulaire, Montréal, Canada
  • Born in the 80’s, La Nef, Espace culturel de l’ancienne église du Noirmont, Switzerland

2015

  • Print Making by ECAL, Musée Jenisch, Vevey, Switzerland
  • La magie des mains, Regart centre d’artistes en art actuel, Lévis, Canada

2013

  • Group Show (With Imi Knoebel and Bernard Venet), Galerie Von Bartha, Basel, Switzerland

2012

  • Tertial, Festival Images, Gare de Vevey, Switzerland
  • Ni Début Ni Fin, URDLA, Lyon, France

2011

  • Vedute, URDLA, Lyon, France
  • Wall Floor Piece, Galerie Von Bartha, Basel, Switzerland
  • Covering the Wall, Musée de Pully, Switzerland
  • I do like Drawings, Galerie Von Bartha, Basel, Switzerland

2010

  • Swiss Art Awards, Halle 3, Basel, Switzerland
  • Miroir magique, Espace Janet, Le Havre, France

2009

  • Group show, Galerie Von Bartha, Basel, Switzerland
  • Accrochage Vaud, Espace Arlaud, Lausanne, Switzerland
  • Projets d’identitée du quartier de bains, Freestudio, Geneva, Switzerland
  • Le jour d’après, La Dépendance, Renens, Switzerland

2008

  • Poper, AFF, Geneva, Switzerland
  • I’ll never w°°k alone, Les Halles de Sierre, Sierre, Switzerland
  • Accrochage Vaud, Espace Arlaud, Lausanne, Switzerland
  • Gloria, exposition des diplômes en arts visuels, ECAL, Renens, Switzerland